« Je gagne correctement ma vie, mais l’argent semble toujours me filer entre les doigts. »
« Dès que les choses commencent à bien marcher professionnellement, quelque chose se passe et je repars en arrière. »
« J’ai tout pour être heureux… et pourtant je n’arrive pas vraiment à en profiter. »
« J’aimerais réussir davantage, mais une partie de moi semble toujours retenir l’autre. »
Ces derniers mois, plusieurs personnes sont venues me rencontrer avec des questionnements autour de l’argent, de la réussite ou de leur capacité à profiter pleinement de ce qu’elles avaient construit.
Les situations étaient différentes. Pourtant, derrière elles revenait une question assez proche :
Pourquoi est-il parfois si difficile de s’autoriser à avoir davantage, à réussir… ou simplement à être heureux ?
Il serait tentant de chercher immédiatement une explication dans l’histoire familiale.
Pourtant, notre rapport à l’argent ou à la réussite se construit à partir de nombreux éléments : notre situation actuelle, notre éducation, nos expériences, nos choix, notre environnement social et économique, nos peurs, nos habitudes…
L’histoire familiale peut être l’un de ces éléments. Pas nécessairement le seul, et certainement pas une explication automatique.
Dans votre famille, que disait-on de l’argent ?
Avant même de rechercher de grands événements dans un arbre généalogique, il peut être intéressant d’écouter les petites phrases avec lesquelles nous avons grandi :
« L’argent ne pousse pas sur les arbres. »
« Il faut travailler dur pour gagner sa vie. »
« Les riches sont… »
« On n’a pas les moyens. »
« Il vaut mieux un petit chez-soi qu’un grand chez-les-autres. »
« Chez nous, on ne doit rien à personne. »
Certaines de ces phrases transmettent de la prudence, une histoire ou des valeurs auxquelles nous tenons.
D’autres peuvent parfois continuer à influencer notre rapport à l’argent bien après que notre situation a changé.
Et il n’y a pas que les mots.
Il y a aussi ce que nous avons observé : la manière dont nos parents dépensaient ou économisaient, les tensions autour de l’argent, ce dont on pouvait parler et ce qui restait tabou, la façon dont étaient perçus ceux qui réussissaient, ceux qui perdaient tout, ceux qui « avaient de la chance » ou, au contraire, ceux qui devaient travailler sans relâche pour s’en sortir.
Tout cela participe à construire peu à peu notre propre représentation de l’argent, de la sécurité et de la réussite.
Et si la difficulté n’était pas seulement d’avoir, mais de s’autoriser à avoir ?
Parfois, la question touche aussi à l’appartenance.
Que signifie réussir davantage que ses parents ?
Gagner plus que son père ou sa mère ?
Avoir accès à une sécurité qu’ils n’ont jamais connue ?
Exercer un métier moins pénible ?
Vivre confortablement lorsque les générations précédentes ont connu le manque ?
Ou encore vivre une relation heureuse lorsqu’on a grandi entouré de couples malheureux ?
Il ne s’agit pas d’affirmer que nous nous interdisons consciemment de dépasser ceux qui nous ont précédés.
Mais nous pouvons nous demander :
Qu’est-ce que réussir signifie pour moi ?
À qui est-ce que je ressemble lorsque je réussis ?
Et de qui ai-je peur de m’éloigner ?
L’argent devient alors parfois une porte d’entrée vers d’autres questions : la place que nous occupons, notre sentiment d’appartenance, la sécurité, la liberté, le plaisir, la réussite ou encore la possibilité de vivre autrement que ceux qui nous ont précédés.
Quand l’argent a aussi une histoire
Dans certaines familles, l’argent est associé à des événements très concrets : faillite, spoliation, héritage conflictuel, déclassement social, migration, dette, perte d’un patrimoine, périodes de grande précarité, mais aussi parfois réussite importante ou changement brutal de statut social.
Ces événements peuvent avoir laissé des récits, des peurs, des valeurs ou des manières de se comporter qui continuent ensuite à circuler dans la famille.
Les explorer en analyse transgénérationnelle ne consiste pas à établir une relation de cause à effet simpliste :
« Mon arrière-grand-père a perdu sa maison, donc je ne peux pas devenir propriétaire. »
Ou :
« Ma famille a connu la pauvreté, donc je m’empêche inconsciemment de gagner de l’argent. »
L’histoire familiale n’est pas une équation.
Il s’agit plutôt de regarder ce que cette histoire représente aujourd’hui pour la personne qui vient consulter, les associations qu’elle fait, les places qu’elle identifie, les répétitions qu’elle observe et ce que cela vient éventuellement éclairer dans sa propre histoire.
Et le bonheur dans tout ça ?
Finalement, derrière la question de l’argent se trouve parfois une question beaucoup plus large.
Qu’est-ce que je m’autorise à vivre ?
Car il est possible de rencontrer des difficultés à recevoir, à profiter, à se sentir en sécurité ou à reconnaître ce qui va bien, même lorsque les conditions matérielles semblent réunies.
Là encore, il ne s’agit pas de chercher à tout prix une origine familiale.
Mais il peut être intéressant d’observer ce que le bonheur, le plaisir ou la réussite représentaient dans notre famille.
Était-il permis de profiter ?
Fallait-il toujours travailler ?
Pouvait-on montrer sa réussite ?
Était-il prudent d’avoir de l’argent ?
Le bonheur était-il considéré comme fragile, suspect, égoïste ou réservé à certains ?
Fallait-il souffrir pour mériter ce que l’on obtenait ?
Et surtout : parmi tout ce que j’ai reçu de cette histoire, qu’est-ce qui m’appartient encore aujourd’hui ?
Une question à laisser infuser
Peut-être pouvez-vous commencer simplement.
Pensez à l’argent, à la réussite ou au bonheur.
Et observez la première phrase qui vous vient lorsque vous complétez :
« Dans ma famille, pour avoir une belle vie, il fallait… »
Puis posez-vous cette deuxième question :
« Et moi, aujourd’hui, qu’est-ce que je m’autorise ? »
Il n’est pas nécessaire de trouver immédiatement une réponse.
Parfois, commencer à entendre la question ouvre déjà un autre regard.
